Pour une alternative à l’austérité

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Plus de cinquante jeudi soir dernier pour évoquer ensemble la possibilité d’une alternative à l’austérité dont on nous rabâche du matin au soir qu’elle est la seule politique possible. C’est un événement à Chelles alors même que tout concoure à décourager les hommes et femmes de gauche. L’assemblée citoyenne réunie a décidé de partir en campagne, contre l’austérité, pour une véritable alternative.

  • Première décision : assurer la plus grande mobilisation pour réussir la marche du 5 mai prochain.
  • Seconde décision, donner la possibilité aux électrices et électeurs de gauche et du Front de gauche d’écrire massivement à Émeric Bréhier, député et défenseur de l’ANI, pour manifester leur inquiétude sur ce texte.
  • Troisième décision : aller vers un grand rendez-vous populaire avant l’été, notamment pour avancer sur l’alternative qui devra être portée à l’occasion des élections municipales de 2014.

Ci-dessous, une des interventions liminaires de la soirée, pour introduire les débats.

Quelques mots d’introduction

Le thème de réflexion qui nous réunit ce soir, « Pour une alternative à l’austérité », postule de fait qu’il existe une alternative. Et pour nous, FdG, il n’y a pas de doute à ce sujet. Peut-être y a-t-il des différences d’appréciation sur le contenu de cette alternative et sur les stratégies à mettre en Å“uvre pour y parvenir, mais fondamentalement, ce qui nous réunit est la réponse à cette question : oui, nous pensons qu’une alternative à l’austérité est possible. Et cette alternative, nous l’avons même formulée dans un projet commun : « L’humain d’abord ».

Pour autant, si nous sommes convaincus que cette alternative existe, il serait hasardeux de considérer que cette conviction est largement partagée, voire majoritaire. Pour ma part, je pense que depuis 30 ans c’est là l’enjeu majeur de la bataille idéologique : convaincre une majorité de Français de la possibilité de cette alternative, la rendre crédible.

Cette nécessité s’inscrit aujourd’hui dans une situation politique nouvelle avec l’élection d’un président et d’une majorité parlementaire socialistes. Car, on le voit bien, le sentiment de désillusion, de déception, de colère est aujourd’hui majoritaire parmi ceux qui ont voté Hollande en espérant, sans trop y croire vraiment, que le changement c’était maintenant. Depuis, il y a eu la signature du pacte européen, le budget 2013, le pacte de compétitivité, l’Ani !

Mais si cette colère ne rencontre pas la conscience d’une alternative possible, alors elle débouchera sur la résignation et l’impuissance, avec ses manifestations d’exaspération et ses expressions électorales (l’abstention, le vote Fn) et le risque aujourd’hui bien réel d’un retour au pouvoir d’une droite revancharde alliée à l’extrême droite.

Une lutte idéologique de haut niveau

Cette lutte idéologique, il faut en avoir conscience, se déroule dans un environnement où, depuis 30 ans, pour plagier Sartre, « le libéralisme semble être l’horizon indépassable de notre temps » (Sartre, lui, parlait du marxisme). Avec la crise survenue dans les années 70, marquant l’échec de la tentative keynésienne de régulation du capitalisme, avec les réponses ultra libérales théorisées par l’école de Chicago, puis initiées par Reagan et Thatcher avant de contaminer toute la planète, et après l’effondrement du bloc soviétique, il était facile de présenter le capitalisme comme l’unique cheminement possible de l’humanité. Certains ont même théorisé la « fin de l’histoire ».

Cette vision a fortement marqué toute la vie politique française et a eu des répercussions importantes, notamment sur le courant social démocrate français, qui a adopté l’économie de marché comme mode de production et d’échange historiquement indépassable (Jospin). Aujourd’hui, tous les observateurs s’accordent à reconnaître que le corpus économique du Ps est devenu essentiellement libéral.

Et même si l’accentuation de la crise de ces dernières années a fait ressurgir l’analyse marxiste du capitalisme comme élément fondamental de la compréhension du monde actuel, c’est cet environnement idéologique dominant, qui a, pour l’essentiel, façonné la conscience de 2 générations.

Environnement idéologique dominant qui s’est ajouté aux conséquences matérielles de la crise : chômage et pauvreté de masse ; précarité et insécurité économique devenues majoritaires ; exclusion massive d’une partie de la population (échec scolaire, discriminations sociales et territoriales).

Dans ces conditions, on comprend que faire valoir une alternative, non seulement économique, mais de société, n’est pas facile et demande un haut niveau de lutte idéologique.

Pourquoi l’austérité ?

Dans cette lutte, la première question à laquelle il faut répondre est : « pourquoi l’austérité ? ».

Pourquoi, depuis 30 ans, dans toute l’Europe, les hommes politiques, qu’ils soient de droite ou socialistes, font-ils tant d’efforts pour accéder au pouvoir et y faire une politique qui les rend si impopulaires ? Seraient-ils masochistes, suicidaires ? N’ont-ils pas d’autres choix ? L’austérité serait-elle une fatalité qui leur serait imposée? Et si oui par qui ou par quoi ?

Ce qu’il faut comprendre, et faire comprendre, c’est que l’austérité est le passage obligé, le chemin nécessaire au capitalisme pour sortir de sa crise. Qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité dans le cadre du capitalisme en crise.

L’humain d’abord

Que l’alternative à l’austérité implique une alternative au capitalisme. Comprendre cela, c’est comprendre l’ampleur de la lutte à mener et l’ampleur de ses objectifs : une alternative à l’austérité implique d’avancer sur la voie du dépassement du capitalisme.

La crise du capitalisme

Pour comprendre en quoi l’austérité est nécessaire au capitalisme pour sortir de sa crise, il faut comprendre ce qu’est la crise du capitalisme, ses causes et ses issues possibles.

Car si l’expression « c’est la crise » est devenue d’un usage courant dans les médias et dans les consciences, comme une évidence qui se suffirait à elle-même, qui nous explique « de quoi » c’est la crise ? Nous sommes confrontés à une véritable conjuration pour occulter la réponse, et on comprend pourquoi : ce qu’il faut taire c’est que c’est la crise du capitalisme !

C’est la crise de ce qu’il y a de plus fondamental dans le capitalisme, de sa raison d’être et de son moteur : c’est la crise du profit ! Le capitalisme est un rapport social d’exploitation du travail humain dont la finalité est le profit pour les détenteurs de capitaux. Si cette finalité se grippe alors c’est la crise.

Je sais que cela peut paraître paradoxale de dire cela à une époque où l’argent est omniprésent, où chaque jour des clics de souris font voyager des milliers de milliards de dollars virtuels dans le cyberespace, à l’heure où le nombre de milliardaires explose, où des fortunes insolentes s’expose à la face de la pauvreté. Des chiffres qui donnent le tournis : on parle de 15.000 à 26.000 milliards d’euros dans les paradis fiscaux ; Antoine Peillon, journaliste à La Croix, vient de publier un livre où il montre comment la banque suisse UBS a mis au point un système qui a aboutit à une fraude fiscale en France de 600 milliards (il n’y a pas que Cahuzac ! LVMH, dont le président, l’homme le plus riche de France, vient de renoncer à la nationalité belge, a 140 filiales dans les paradis fiscaux). Il n’y a jamais eu autant d’argent accumulé, et c’est bien pour cela qu’il est devenu impossible de tout rentabiliser.

Car c’est la clef de voute de toute analyse de la situation mondiale actuelle : le capitalisme vit, depuis 30 ans, dans les pays capitalistes développés (EU, Europe, Japon), une période historique où tous les capitalistes ne peuvent faire du profit dans la sphère de la production : il y a trop de capital accumulé pour tout rentabiliser. Alors c’est la crise, et c’est la guerre entre eux.

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Les causes en ont été analysées par Marx vers le milieu du 19ème siècle et le capitalisme a déjà connu plusieurs crises de cette nature, qui surviennent à peu près tous les 50 ans. Ces crises résultent d’une contradiction génétique, d’un virus dans sa logique essentielle : la tendance à la baisse du taux de profit. Les économistes et les dirigeants libéraux le savent bien, qui ont cherché à réguler cet Adn, du New Deal de Roosevelt en 1930 à « l’économie mixte » sociale démocrate jusqu’au milieu des années 1970. Mais rien n’y fait, la crise est revenue. C’est pourquoi ils ont décidé à la fin des années 70 de revenir aux fondamentaux de la libre exploitation du travail humain et de sortir de leur crise par les moyens dont ils disposent : la baisse de la valeur du travail, la casse d’une partie importante de l’outil de production, la financiarisation de l’économie. Et depuis 1980, c’est là l’alpha et l’oméga de toutes les politiques économiques dans les pays capitalistes, une pensée obligée, unique, un véritable dogme appliqué partout par les gouvernements et les banques centrales, et imposé à toute la planète par le Fmi et la Banque mondiale ! avec plus ou moins de brutalité selon les rapports de forces politiques.

Aujourd’hui encore, alors que les économistes libéraux discutent pour savoir s’il faut une austérité renforcée (ultralibéralisme) ou modérée et accompagnée de mesures de relance (social libéralisme), débat qui a trouvé quelques échos au sein du gouvernement Ayrault avec les prises de position de Montebourg, Hamon et Duflot, Hollande vient de siffler la fin de la récréation : ce sera le pacte européen, c’est-à-dire la ligne libérale pure et dure de Merkel et de la commission de Bruxelles.

Les conséquences de cette politique sont connues : elles constituent, avec plus ou moins d’ampleur, la vie quotidienne dans nos pays :

  • la baisse de la valeur du travail : baisse du salaire direct, du salaire différé (sécurité social et retraite) et casse des services publics ; autrement dit : l’austérité pour les salariés ; depuis 20 ans, en France, la part de la plus-value accaparée par le capital a augmenté de 10%, au détriment du travail.; et le pacte de compétitivité prévoit une baisse du coût du travail de 4% en 2013 et de 6% en 2014 ; et que dire des réductions massive de salaire en Grèce, en Espagne, en Italie, au Portugal, et même en Allemagne, pourtant donnée en modèle, où des centaines de milliers de travailleurs sont payés 1 euro de l’heure ;
  • la casse d’une partie de l’outil de production pour permettre un taux de profit suffisant à ceux qui restent en activité ; en France cette casse a été telle durant ces 30 dernières années que ceux là même qui ont opérés cette casse sont contraint aujourd’hui de déplorer la suppression de pans entiers de l’industrie française et de parler de relocalisation de la production ; et nous avons même un ministre du redressement productif, qui s’époumone au sein d’un gouvernement dont la politique économique le rend impuissant, si ce n’est à gérer les plans sociaux qui s’accumulent ;
  • la financiarisation de l’économie pour aller chercher du profit ailleurs que dans la production ; mais la spéculation financière est entrée en contradiction avec la réduction des pouvoirs d’achats engendrés par la paupérisation des salariés ; conséquence : des dettes insolvables et une crise financière qui vient s’ajouter à la crise dans la production ; et des Etats qui se voient contraints, en imposant une réduction massive du niveau de vie à leur peuple, d’insuffler des milliards d’euros dans le système bancaire afin de garantir le profit des banques et des milieux financiers.

Remarque : La mondialisation

La recherche de la valeur du travail la plus faible possible et la casse de l’outil productif dans les pays capitalistes ont entraîné une délocalisation massive de la production.

Contrairement à ce que disent certains, la mondialisation n’est pas la cause de la crise, c’est une bouée de secours pour le capital qui va faire dans les pays à fort taux de croissance le profit qu’il ne fait plus dans nos pays en récession. Aujourd’hui la planète est le théâtre d’une guerre économique mondialisée où des groupes gigantesques se livrent une lutte acharnée pour le profit en sachant qu’il n’y en aura pas pour tout le monde, car dans ce monde de brutes chacun est en même temps un prédateur et une proie. On voit même des géants capitalistes organiser sciemment la rareté et spéculer sur la pénurie de céréales, de médicaments : la faim ou la maladie sont devenues des éléments stratégiques pour faire du profit. Ou sur l’insuffisance de production d’acier, comme à Florange où Mital refuse de vendre à d’éventuels repreneurs : car aujourd’hui, mieux vaut produire moins, limiter la concurrence et raréfier l’offre pour augmenter le taux de profit.

Ce sont là les « solutions » dont dispose le capitalisme pour sortir de sa crise. En fait depuis 30 ans ces « solutions » ne font qu’accentuer la dégradation des conditions de vie matérielles et culturelles des peuples concernés. Et, si on laisse faire, ce n’est pas fini. Même si certains voient régulièrement le bout du tunnel, le capitalisme n’est pas au bout de sa crise.

D’autant que la mondialisation entraîne une refonte géopolitique et économique mondiale. D’énormes concentrations de capital se constituent en Chine, en Russie, au Brésil, en Inde qui commencent à exiger leur part du gâteau.

Les experts le savent qui pour faire des simulations sur les besoins financiers pour financer les retraites dans 15/20 ans prévoient toujours 3 millions de chômeurs en France à ce moment là. La sortie de crise du capitalisme selon ses méthodes ne se fera qu’au prix d’un recul considérable dans les pays développés (nous en sommes en France à 5 millions de sans emplois et à 8 millions de Français en dessous du seuil de pauvreté) et d’une casse suffisante de l’appareil de production pour permettre à ceux qui restent d’assurer leur profit. Il est donc de plus en plus urgent de promouvoir une alternative non libérale au capitalisme en crise. Ce n’est malheureusement pas le chemin emprunté par le pouvoir socialiste.

Social / libéral

Face à la dimension de ces enjeux, force est de constater que la politique de Hollande n’est pas à la hauteur. Sa « boite à outil » relève du bricolage social libéral. Quant au choc de simplification ! On en frémit d’avance tant ça va faire mal au capital ! Il est vrai, qu’avec hardiesse on demande aux « riches de faire un effort » et qu’on envisage même de « moraliser » le capitalisme ! Déjà Sarkozy s’y était essayé !

En fait la politique de Hollande fait la démonstration qu’on ne peut être libéral et social à la fois. Qu’il faut choisir. En temps de crise du capitalisme, les « solutions » libérales sont nécessairement anti sociales. Et réciproquement, une politique sociale implique nécessairement une politique anti libérale. Le temps n’est plus de la gestion sociale démocrate triomphante du capitalisme. La crise est passée par là et elle oblige à faire un choix : le capitalisme, sa crise ou le dépassement de ce mode de production.

Evidemment cela demande du courage politique et de s’appuyer résolument sur le peuple plutôt que de se soumettre aux injonctions des marchés financiers.

L’humain d’abord

Pour le contenu de cette alternative, je renvoie au programme du Fdg «L’humain d’abord » qui, après 1 an de gouvernement socialiste, reste malheureusement totalement d’actualité.

Pour terminer, j’ajouterais que pour promouvoir et faire triompher une alternative à l’austérité, il ne suffit pas d’avoir une conscience claire de la situation dans laquelle nous nous trouvons ; il ne suffit pas d’avoir un programme de rupture avec les logiques libérales ; il faut en plus rassembler une majorité pour cette rupture et ce programme. Au-delà des analyses théoriques et des projets, la stratégie de rassemblement est toujours décisive, si on veut faire triompher des idées et ne pas se contenter de la dénonciation d’un système. La dénonciation, c’est toujours le plus facile ! Le rassemblement, le plus difficile.

POUR UNE ALTERNATIVE A L’AUSTERITE

Le thème de réflexion qui nous réunit ce soir, « Pour une alternative à l’austérité », postule de fait qu’il existe une alternative. Et pour nous, FdG, il n’y a pas de doute à ce sujet. Peut-être y a-t-il des différences d’appréciation sur le contenu de cette alternative et sur les stratégies à mettre en Å“uvre pour y parvenir, mais fondamentalement, ce qui nous réunit est la réponse à cette question : oui, nous pensons qu’une alternative à l’austérité est possible. Et cette alternative, nous l’avons même formulée dans un projet commun : « L’humain d’abord ».

Pour autant, si nous sommes convaincus que cette alternative existe, il serait hasardeux de considérer que cette conviction est largement partagée, voire majoritaire. Pour ma part, je pense que depuis 30 ans c’est là l’enjeu majeur de la bataille idéologique : convaincre une majorité de Français de la possibilité de cette alternative, la rendre crédible.

Cette nécessité s’inscrit aujourd’hui dans une situation politique nouvelle avec l’élection d’un président et d’une majorité parlementaire socialistes. Car, on le voit bien, le sentiment de désillusion, de déception, de colère est aujourd’hui majoritaire parmi ceux qui ont voté Hollande en espérant, sans trop y croire vraiment, que le changement c’était maintenant. Depuis, il y a eu la signature du pacte européen, le budget 2013, le pacte de compétitivité, l’Ani !

Mais si cette colère ne rencontre pas la conscience d’une alternative possible, alors elle débouchera sur la résignation et l’impuissance, avec ses manifestations d’exaspération et ses expressions électorales (l’abstention, le vote Fn) et le risque aujourd’hui bien réel d’un retour au pouvoir d’une droite revancharde alliée à l’extrême droite.

Une lutte idéologique de haut niveau

Cette lutte idéologique, il faut en avoir conscience, se déroule dans un environnement où, depuis 30 ans, pour plagier Sartre, « le libéralisme semble être l’horizon indépassable de notre temps » (Sartre, lui, parlait du marxisme). Avec la crise survenue dans les années 70, marquant l’échec de la tentative keynésienne de régulation du capitalisme, avec les réponses ultra libérales théorisées par l’école de Chicago, puis initiées par Reagan et Thatcher avant de contaminer toute la planète, et après l’effondrement du bloc soviétique, il était facile de présenter le capitalisme comme l’unique cheminement possible de l’humanité. Certains ont même théorisé la « fin de l’histoire ».

Cette vision a fortement marqué toute la vie politique française et a eu des répercussions importantes, notamment sur le courant social démocrate français, qui a adopté l’économie de marché comme mode de production et d’échange historiquement indépassable (Jospin). Aujourd’hui, tous les observateurs s’accordent à reconnaître que le corpus économique du Ps est devenu essentiellement libéral.

Et même si l’accentuation de la crise de ces dernières années a fait ressurgir l’analyse marxiste du capitalisme comme élément fondamental de la compréhension du monde actuel, c’est cet environnement idéologique dominant, qui a, pour l’essentiel, façonné la conscience de 2 générations.

Environnement idéologique dominant qui s’est ajouté aux conséquences matérielles de la crise : chômage et pauvreté de masse ; précarité et insécurité économique devenues majoritaires ; exclusion massive d’une partie de la population (échec scolaire, discriminations sociales et territoriales).

Dans ces conditions, on comprend que faire valoir une alternative, non seulement économique, mais de société, n’est pas facile et demande un haut niveau de lutte idéologique.

Pourquoi l’austérité ?

Dans cette lutte, la première question à laquelle il faut répondre est : « pourquoi l’austérité ? ».

Pourquoi, depuis 30 ans, dans toute l’Europe, les hommes politiques, qu’ils soient de droite ou socialistes, font-ils tant d’efforts pour accéder au pouvoir et y faire une politique qui les rend si impopulaires ? Seraient-ils masochistes, suicidaires ? N’ont-ils pas d’autres choix ? L’austérité serait-elle une fatalité qui leur serait imposée? Et si oui par qui ou par quoi ?

Ce qu’il faut comprendre, et faire comprendre, c’est que l’austérité est le passage obligé, le chemin nécessaire au capitalisme pour sortir de sa crise. Qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité dans le cadre du capitalisme en crise. Que l’alternative à l’austérité implique une alternative au capitalisme. Comprendre cela, c’est comprendre l’ampleur de la lutte à mener et l’ampleur de ses objectifs : une alternative à l’austérité implique d’avancer sur la voie du dépassement du capitalisme.

La crise du capitalisme

Pour comprendre en quoi l’austérité est nécessaire au capitalisme pour sortir de sa crise, il faut comprendre ce qu’est la crise du capitalisme, ses causes et ses issues possibles.

Car si l’expression « c’est la crise » est devenue d’un usage courant dans les médias et dans les consciences, comme une évidence qui se suffirait à elle-même, qui nous explique « de quoi » c’est la crise ? Nous sommes confrontés à une véritable conjuration pour occulter la réponse, et on comprend pourquoi : ce qu’il faut taire c’est que c’est la crise du capitalisme !

C’est la crise de ce qu’il y a de plus fondamental dans le capitalisme, de sa raison d’être et de son moteur : c’est la crise du profit ! Le capitalisme est un rapport social d’exploitation du travail humain dont la finalité est le profit pour les détenteurs de capitaux. Si cette finalité se grippe alors c’est la crise.

Je sais que cela peut paraître paradoxale de dire cela à une époque où l’argent est omniprésent, où chaque jour des clics de souris font voyager des milliers de milliards de dollars virtuels dans le cyberespace, à l’heure où le nombre de milliardaires explose, où des fortunes insolentes s’expose à la face de la pauvreté. Des chiffres qui donnent le tournis : on parle de 15.000 à 26.000 milliards d’euros dans les paradis fiscaux ; Antoine Peillon, journaliste à La Croix, vient de publier un livre où il montre comment la banque suisse UBS a mis au point un système qui a aboutit à une fraude fiscale en France de 600 milliards (il n’y a pas que Cahuzac ! LVMH, dont le président, l’homme le plus riche de France, vient de renoncer à la nationalité belge, a 140 filiales dans les paradis fiscaux). Il n’y a jamais eu autant d’argent accumulé, et c’est bien pour cela qu’il est devenu impossible de tout rentabiliser.

Car c’est la clef de voute de toute analyse de la situation mondiale actuelle : le capitalisme vit, depuis 30 ans, dans les pays capitalistes développés (EU, Europe, Japon), une période historique où tous les capitalistes ne peuvent faire du profit dans la sphère de la production : il y a trop de capital accumulé pour tout rentabiliser. Alors c’est la crise, et c’est la guerre entre eux.

Ce n’est pas un phénomène nouveau. Les causes en ont été analysées par Marx vers le milieu du 19ème siècle et le capitalisme a déjà connu plusieurs crises de cette nature, qui surviennent à peu près tous les 50 ans. Ces crises résultent d’une contradiction génétique, d’un virus dans sa logique essentielle : la tendance à la baisse du taux de profit. Les économistes et les dirigeants libéraux le savent bien, qui ont cherché à réguler cet Adn, du New Deal de Roosevelt en 1930 à « l’économie mixte » sociale démocrate jusqu’au milieu des années 1970. Mais rien n’y fait, la crise est revenue. C’est pourquoi ils ont décidé à la fin des années 70 de revenir aux fondamentaux de la libre exploitation du travail humain et de sortir de leur crise par les moyens dont ils disposent : la baisse de la valeur du travail, la casse d’une partie importante de l’outil de production, la financiarisation de l’économie. Et depuis 1980, c’est là l’alpha et l’oméga de toutes les politiques économiques dans les pays capitalistes, une pensée obligée, unique, un véritable dogme appliqué partout par les gouvernements et les banques centrales, et imposé à toute la planète par le Fmi et la Banque mondiale ! avec plus ou moins de brutalité selon les rapports de forces politiques.

Aujourd’hui encore, alors que les économistes libéraux discutent pour savoir s’il faut une austérité renforcée (ultralibéralisme) ou modérée et accompagnée de mesures de relance (social libéralisme), débat qui a trouvé quelques échos au sein du gouvernement Ayrault avec les prises de position de Montebourg, Hamon et Duflot, Hollande vient de siffler la fin de la récréation : ce sera le pacte européen, c’est-à-dire la ligne libérale pure et dure de Merkel et de la commission de Bruxelles.

Les conséquences de cette politique sont connues : elles constituent, avec plus ou moins d’ampleur, la vie quotidienne dans nos pays :

– la baisse de la valeur du travail : baisse du salaire direct, du salaire différé (sécurité social et retraite) et casse des services publics ; autrement dit : l’austérité pour les salariés ; depuis 20 ans, en France, la part de la plus-value accaparée par le capital a augmenté de 10%, au détriment du travail.; et le pacte de compétitivité prévoit une baisse du coût du travail de 4% en 2013 et de 6% en 2014 ; et que dire des réductions massive de salaire en Grèce, en Espagne, en Italie, au Portugal, et même en Allemagne, pourtant donnée en modèle, où des centaines de milliers de travailleurs sont payés 1 euro de l’heure ;

– la casse d’une partie de l’outil de production pour permettre un taux de profit suffisant à ceux qui restent en activité ; en France cette casse a été telle durant ces 30 dernières années que ceux là même qui ont opérés cette casse sont contraint aujourd’hui de déplorer la suppression de pans entiers de l’industrie française et de parler de relocalisation de la production ; et nous avons même un ministre du redressement productif, qui s’époumone au sein d’un gouvernement dont la politique économique le rend impuissant, si ce n’est à gérer les plans sociaux qui s’accumulent ;

– la financiarisation de l’économie pour aller chercher du profit ailleurs que dans la production ; mais la spéculation financière est entrée en contradiction avec la réduction des pouvoirs d’achats engendrés par la paupérisation des salariés ; conséquence : des dettes insolvables et une crise financière qui vient s’ajouter à la crise dans la production ; et des Etats qui se voient contraints, en imposant une réduction massive du niveau de vie à leur peuple, d’insuffler des milliards d’euros dans le système bancaire afin de garantir le profit des banques et des milieux financiers.

Remarque : La mondialisation

La recherche de la valeur du travail la plus faible possible et la casse de l’outil productif dans les pays capitalistes ont entraîné une délocalisation massive de la production.

Contrairement à ce que disent certains, la mondialisation n’est pas la cause de la crise, c’est une bouée de secours pour le capital qui va faire dans les pays à fort taux de croissance le profit qu’il ne fait plus dans nos pays en récession. Aujourd’hui la planète est le théâtre d’une guerre économique mondialisée où des groupes gigantesques se livrent une lutte acharnée pour le profit en sachant qu’il n’y en aura pas pour tout le monde, car dans ce monde de brutes chacun est en même temps un prédateur et une proie. On voit même des géants capitalistes organiser sciemment la rareté et spéculer sur la pénurie de céréales, de médicaments : la faim ou la maladie sont devenues des éléments stratégiques pour faire du profit. Ou sur l’insuffisance de production d’acier, comme à Florange où Mital refuse de vendre à d’éventuels repreneurs : car aujourd’hui, mieux vaut produire moins, limiter la concurrence et raréfier l’offre pour augmenter le taux de profit.

Ce sont là les « solutions » dont dispose le capitalisme pour sortir de sa crise. En fait depuis 30 ans ces « solutions » ne font qu’accentuer la dégradation des conditions de vie matérielles et culturelles des peuples concernés. Et, si on laisse faire, ce n’est pas fini. Même si certains voient régulièrement le bout du tunnel, le capitalisme n’est pas au bout de sa crise.

D’autant que la mondialisation entraîne une refonte géopolitique et économique mondiale. D’énormes concentrations de capital se constituent en Chine, en Russie, au Brésil, en Inde qui commencent à exiger leur part du gâteau.

Les experts le savent qui pour faire des simulations sur les besoins financiers pour financer les retraites dans 15/20 ans prévoient toujours 3 millions de chômeurs en France à ce moment là. La sortie de crise du capitalisme selon ses méthodes ne se fera qu’au prix d’un recul considérable dans les pays développés (nous en sommes en France à 5 millions de sans emplois et à 8 millions de Français en dessous du seuil de pauvreté) et d’une casse suffisante de l’appareil de production pour permettre à ceux qui restent d’assurer leur profit. Il est donc de plus en plus urgent de promouvoir une alternative non libérale au capitalisme en crise. Ce n’est malheureusement pas le chemin emprunté par le pouvoir socialiste.

Social / libéral

Face à la dimension de ces enjeux, force est de constater que la politique de Hollande n’est pas à la hauteur. Sa « boite à outil » relève du bricolage social libéral. Quant au choc de simplification ! On en frémit d’avance tant ça va faire mal au capital ! Il est vrai, qu’avec hardiesse on demande aux « riches de faire un effort » et qu’on envisage même de « moraliser » le capitalisme ! Déjà Sarkozy s’y était essayé !

En fait la politique de Hollande fait la démonstration qu’on ne peut être libéral et social à la fois. Qu’il faut choisir. En temps de crise du capitalisme, les « solutions » libérales sont nécessairement anti sociales. Et réciproquement, une politique sociale implique nécessairement une politique anti libérale. Le temps n’est plus de la gestion sociale démocrate triomphante du capitalisme. La crise est passée par là et elle oblige à faire un choix : le capitalisme, sa crise ou le dépassement de ce mode de production.

Evidemment cela demande du courage politique et de s’appuyer résolument sur le peuple plutôt que de se soumettre aux injonctions des marchés financiers.

L’humain d’abord

Pour le contenu de cette alternative, je renvoie au programme du Fdg «L’humain d’abord » qui, après 1 an de gouvernement socialiste, reste malheureusement totalement d’actualité.

Pour terminer, j’ajouterais que pour promouvoir et faire triompher une alternative à l’austérité, il ne suffit pas d’avoir une conscience claire de la situation dans laquelle nous nous trouvons ; il ne suffit pas d’avoir un programme de rupture avec les logiques libérales ; il faut en plus rassembler une majorité pour cette rupture et ce programme. Au-delà des analyses théoriques et des projets, la stratégie de rassemblement est toujours décisive, si on veut faire triompher des idées et ne pas se contenter de la dénonciation d’un système. La dénonciation, c’est toujours le plus facile ! Le rassemblement, le plus difficile.

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