Informer la population du hara kiri budgétaire

Share Button

Ci-dessous, la déclaration des élus Front de gauche de Chelles-Citoyenne à l’occasion du vote du budget 2015.

Depuis longtemps déjà les élus communistes et Front de gauche ont dénoncé la baisse régulière et continue des ressources des collectivités compte tenu des responsabilités toujours plus importantes qui leur ont été transférées et qu’elles assument au service de la population. Un phénomène qui pénalise à fortiori les communes qui, comme notre ville ces deux dernières décennies, font preuve de volontarisme, construisent des logements, des crèches, des écoles, des équipements sportifs ou culturels… Une logique qui handicape plus encore les villes qui, là aussi comme Chelles, disposent d’un potentiel fiscal limité.

Ce n’est donc pas sans raison que nous avons incriminé les politiques menées par les différents gouvernements, et tout particulièrement « sous » Nicolas Sarkozy. Mais nous confessons qu’avoir, à juste raison, crié au loup pendant des années, nous laisse aujourd’hui démunis pour alerter avec suffisamment de force les populations sur l’ampleur du plan d’économie qui est exigé d’elles, des conséquences que vont avoir les différentes baisses de dotations et subventions sur notre ville, sur nos vies. Rien qu’en dotation globale de fonctionnement (DGF), ce sont 17 millions d’euros sur le mandat qui seront prélevés, au dire de l’audit financier commandé par la municipalité. Cette baisse de ressources aura directement pour conséquence soit la réduction des services à la population, soit la contribution directe des chellois, par l’augmentation de la fiscalité et/ou l’accroissement des tarifs municipaux comme ce budget primitif le propose.

La perte ne se limitera pas à cette baisse des dotations. En cascade, derrière, ce sont autant de subventions en moins pour financer des équipements. En effet, l’appauvrissement organisé de l’État, des régions et des départements va accélérer ce phénomène, ce dont le projet de budget témoigne d’ailleurs. Cette baisse de ressource, se traduit également par la mise en œuvre d’une politique irréversible de cession massive des biens de la ville. Alors que le siècle qui s’ouvre nous impose des défis inédits, comme celui de la transition écologique, celui d’un monde de la connaissance partagée et de l’émancipation par le plus haut niveau de culture commune, tous les leviers pour les relever nous sont ôtés. Que ce soit en coupant la manne des finances publiques, ou en noyant les communes et leurs habitants dans des mastodontes, comme les intercommunalités géantes ou grand paris métropole, tout est fait pour générer fatalisme et résignation des élus locaux et des populations

Et cet effort considérable exigé de nous, pour financer le soutien aux entreprises, de l’aveu même du ministre de l’économie, Emmanuel Macron, est d’ores et déjà un échec. La masse des exonérations fiscales et autres dispenses accordées aux entreprises, et singulièrement aux plus profitables, ne fléchira pas d’un millimètre la courbe du chômage. Il n’est pas besoin d’ailleurs d’être grand clerc pour le deviner : ce sont ces politiques de cadeaux fiscaux qui inspirent l’essentiel des politiques de l’emploi depuis 30 ans, avec le résultat qu’on sait. Dans notre département, alors même qu’on s’apprête à nous « sucrer » près d’un million et demi de DGF dans ce budget municipal, ce sont, cette année, 100 millions d’euros en Crédit impôt compétitivité emploi (CICE) qui ont été versés aux entreprises. Avec comme résultat, la destruction en Seine-et-Marne de plus de 5.000 emplois. Quel échec !

Alors, face à cette situation, il est deux attitudes. Celle qui consiste à plier le genou devant des exigences du dogme libéral, à couper de-ci de-là dans les budgets sans se soucier des conséquences pour les populations. C’est la méthode, sans surprise, qu’a choisie la nouvelle municipalité dès le premier jour de son mandat . En effet, jusqu’à présent, la casse des services publics et la baisse de la dépense publique étaient la marque de fabrique de la droite.

Nous en retrouvons l’esprit et la lettre dans ce budget : fermer les crèches au mois d’août, réduire les moyens des écoles, les classes découvertes, vendre les « bijoux de famille » comme nos centres de vacances pourtant rénovés, suspendre l’effort de construction de logement pour tous, de création d’équipements répondant aux besoins de la population, augmenter injustement les tarifs municipaux pour l’ensemble des quotients municipaux et pour l’ensemble des prestations, casser un lieu d’éducation populaire ouvert aux formes de création contemporaines, briser l’élan d’une politique jeunesse novatrice, en supprimant par exemple l’équipe de prévention spécialisée, etc…

En se cachant derrière ce manque de ressources, qui sert utilement la volonté affichée par la municipalité de conserver l’illusion d’une ville à la campagne où rien ne bouge, la machine à concasser les services et les ambitions pour Chelles est en marche. Il n’est au fond qu’un seul domaine pour lequel la municipalité n’applique pas l’ austérité budgétaire : l’accroissement du volume des indemnités d’élus qui augmente de 40.000 euros…

Il est pourtant une autre voie. Elle n’est pas miraculeuse car elle ne créera pas dans l’instant les euros qui vont faire défaut. Cette autre voie, cette autre méthode est d’une modernité qui échappe aux élus qui pensent la mobilisation citoyenne, au pire comme un contretemps désagréable, au mieux comme une opération de communication.

La population chelloise doit être informée du « hara kiri budgétaire » qui est exigé d’elle. Elle a le droit d’en comprendre les motifs et les aboutissants. Elle doit être associée aux décisions qui impacteront son quotidien. Le vote émis en mars dernier ne peut être compris comme un chèque en blanc à cette nouvelle municipalité. Les chellois ont leur mot à dire sur ces orientations, voire même pouvoir les contester s’ils le jugent nécessaire, le faire savoir en tout lieu utile, avec l’appui des élus locaux. Et puisque la comptabilité des collectivités locales ne nous laisse pas d’autre choix que de voter un budget à l’équilibre, il eut été utile que la population soit associée aux choix de réduction provisoire de la dépense publique, pour qu’ils impactent le moins possible la défense de l’intérêt général et des populations les plus fragiles. La modernité politique et démocratique serait de ce côté. L’occasion est une fois de plus ratée.

C’est pourquoi, parce qu’il fait l’impasse sur cet indispensable échange avec la population, parce qu’il témoigne d’orientations qui font peser indistinctement sur la population un effort disproportionné et injuste, parce qu’il renonce à un recours équilibré à l’emprunt permettant de financer à long terme les équipements qui survivront à notre génération, et qui sont utiles pour répondre aux besoins, les élus Front de gauche de la liste «Chelles-Citoyenne » voteront contre ce budget qui ne répond pas aux enjeux de solidarité et de développement pour notre ville et ses habitants.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *